Maintenant que Senghor est rétabli en raison et que Césaire dort tranquille dans le Panthéon des émotions, je peux vous distiller le jus de l’extase que me suscita cette question : La construction d’identités numériques professionnelles à partir du récit de soi est-elle un enjeu pourl’inclusion sociale des habitants des quartiers « Politique de laville » ?L’innovation sociale tenant compte des opportunités du numérique peut-elle catalyser l’insertion professionnelle dans ces territoires spécifiques de nos villes ?

Je me suis saisi de ces questions habité de mes nouveaux états d’être de chercheur en devenir réconcilié avec son identité créole et il me fut désormais aisé de laisser s’épandre les effervescences de mon âme apaisée.

Fort bien.
Passionné de culture et de médiation culturelle, j’ai toujours eu pour les jeunes et moins jeunes des quartiers désignés « difficiles» de l’agglomération de Nancy, une ambition nourrie par les élucubrations du bruyant taiseux à la chevelure bavarde qu’il aurait fallu que je fusse pour nous éviter d’énièmes digressions lyriques. C’est pourquoi dès maintenant, dépassons les ellipses vaporeuses du prosateur exercé à la poursuite du vent, afin d’accéder enfin ensemble, aux raisons véritables de mon choix pour ce projet de recherche.

Je souhaite depuis longtemps, reconquérir ces territoires métissés et angoissés de la ville, prisonniers des barres d’immeuble érigées sur le flanc des cités en promontoire machiste des « trente glorieuses ». Entre l’invariance du désir de changer le monde par la seule force de mes mots etl’acuité tangible pour l’universel culturel, je patauge ici dans l’éclaboussure de la mélasse d’émois qui me noient sans pouvoir la décrire et trahir de fait,mon goût pour les autres. C’est en immature penseur et invétéré saltimbanque rêvant sans cesse plus haut que la cime des arbres qui dessinent au travers les dentelures de leurs habits de verdure des ombres frêles et miels sur le parterre de nos borgnitudes d’universitaires, que je me retrouve aujourd’hui,esthète « proj’terrien » s’assumant tel quel, dans une duplicité féconde : Être ici, là et maintenant, tout en n’étant déjà plus, ou seulement autre… C’est cette appétence pour l’ubiquité qui m’a conduit jusqu’ici, dans ce cursus que je sais d’avance prolifique à qui saura se projeter, au-dessus des savoirs compartimentés et organisés en intentions disciplinaires.  Depuis 15 ans, au sein de l’association de prévention de rue Réspérance[5] que j’ai créée, je m’emploie à mobiliser sur les quartiers « Politique de la Ville » de la belle métropole, des projets à forte valeur ajoutée, mêlant pratiques sportives, ludo-éducatives

et artistiques dans une optique d’inclusion sociale et citoyenne. Cette promenade mirifique au pied des tours, à hauteur de voile ; de cheveux crépus ;
de casques de moto ; de casquettes branchées et de bouclettes blondes, m’a conduit sur les chemins sinueux mais fertiles du questionnement et de l’utopie rationnelle nécessaire à l’innovation sociale en ces territoires bien singuliers. Témoin malgré moi de l’effritement de ce lien fragile qui scelle l’union des territoires à la Nation, des hommes à la Patrie, j’ai saisi toute la pertinence qu’il y avait à réfléchir sur l’opportunité de développer des dynamiques vertueuses favorisant la cautérisation du boyau social malmené par
la tragédie de la décadence morale – « morale » étant entendue dans son acception roussélienne du Contrat
Social[8] – . Me faut-il pour une énième fois reposer mes sens juste un peu, avant d’aller plus en avant dans mes pérégrinations de questionneur engagé ?
Certainement !
Quoi de mieux pour ce faire, qu’une halte onirique dans le lyrisme d’un savant sachant chercher sans sa chaire de choix ?

« Une étoile est née…C’est un épisode certes anodin dans la chronologie de l’univers où il s’en forme des milliers par seconde, mais c’est un tournant crucial pour nous humains puisque cette étoile sera un jour connue sous le nom de Soleil » [7].
L’entendez-vous vagir dans l’éther infini du berceau des humanités ?
C’est le cœur du monde qui bat : « Avant sa contraction finale, notre future étoile s’est nimbée d’un disque de gaz et de poussières, qui se fragmente ensuite en myriade de petits corps »[8].

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5 : http://www.resperance.com
6 : Du contrat social ou Principes du droit politique (1762)
7 : Nowakowskismes n°13 – Le long maintenant, https://nowakowski.hypotheses.org/201

8 : Nowakowskismes n°13 – Le long maintenant, https://nowakowski.hypotheses.org/201

 

 

Je ne suis déjà plus… Je veux dire, plus là…
Juste un instant, « un long maintenant, un temps de l’homme, et pas un temps calculé. Un temps qui a forgé l’humain, un temps nécessaire à l’élaboration de la pensée »[7].
Le temps de renaître à moi-même dans le big-bang poétique d’un univers premier immatériel et la réalité cinétique d’un étudiant partagé entre son art et ses curiosités nombreuses. Le pauvre malheureux !

Désespéré qu’il est par le labeur à souffrir pour achever ce travail de recherche.

Un « long maintenant » plus tard…
Je tends le bras pour palper cette source d’énergie première et me remettre sur le pied de mon existence, mais je m’effondre de toute ma fade masse sur le parterre de mes illusions.

Il est bien réel ce virtuel !

Cette constante qui s’exprime en forces gravitationnelles, c’est l’inertie de mon être désintégré « en myriade de petits corps »7 qui me forment étoile au-dessus du firmament propulsé au carré de la vitesse de la lumière. C’est alors que je m’éveille en conscience de moi et des autres, et me dessine un mouton sur la langue taquine d’Albert Einstein, avant de disparaître dans la brume épaisse d’une lointaine relative réalité : Les Humanités Numériques.

Bienvenue en Humanité Numérique !

Je suis novice dans cette discipline holistique qui concatène les sciences et les arts. Je suis l’apprenti Dr Frankenstein qui amalgame les sciences « molles » et « dures » espérant fabriquer dans ces quartiers en difficultés des monstrations digitales en capacité de « libre-agir » dans le réel. Ne pouvant convoquer à tout venant le « Pédagogue » et le « Neuroscientifique » dans cette folle manipulation des choses curieuses, j’ai fait des Nowakowskismes 2.99 ma bible et de son auteur mon guide. La chose est troublante mais croyez-moi, bien utile.

S’agit-il là d’une béquille scientifique éhontée?
Sans doute et je l’assume.
Effrayé quelque peu et curieux à la fois par la plausibilité de ce « Meilleur des Mondes » figuré par Aldous Huxley (1931), je voulus aborder ce périlleux voyage au cœur du numérique et de ses « humanités » avec les diligences précautionneuses d’un humble apprenant.  Je voulus par ailleurs m’ouvrir à d’autres cieux pour expérimenter, développer puis théoriser dans le cadre d’un laboratoire de « Politique de la Ville », des concepts innovants facilement partageables et transposables dans d’autres territoires en devenir.

Venez donc percer avec nous les secrets de l’inclusion sociale par le numérique !

Découvrir la « Poétique de la ville » qui permet de se réécrire  son territoire par la description narrative qui selon Pierre Sansot (2004) est « le seul équivalent verbal et théorique possible de ce que les hommes font de leur vie, de leur corps, de leur espace, et comme ce faire est d’origine et d’intention sociales, il ne peut être mis entre parenthèses par le sociologue. Il doit imaginer (c’est-à-dire restituer avec des images) ce qui n’existe qu’actualisé ou réactualisé ». 

C’est l’objet de ce mémoire d’étude, prémices d’une réflexion plus large que je souhaite prolonger dans le cadre de ce travail de thèse.

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9 : Nowakowskismes n° 2.9 – Frankenstein, le pédagogue et le neuroscientifique, https://nowakowski.hypotheses.org/262 

Une expérience participative de la poétique de la ville avec des lycéens de seconde

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