L'IDENTITÉ NARRATIVE COMME PROCESSUS DE COMPOSITION ALGORITHMIQUE DE L'IDENTITÉ PROFESSIONNELLE NUMÉRIQUE DES QUARTIERS "POLITIQUE DE LA VILLE"

Thème

La recherche porte sur l’identité narrative des quartiers « Politique de la Ville » dans le contexte de transition numérique.

Problème

On cherche à mieux comprendre la narrativité transmédiatique ricoeurienne dans les quartiers « Politique de la Ville ».

Question

Comment la narrativité ricoeurienne peut-elle aidé à construire un statut social dans le numérique alors même qu'on est au chômage?

Hypothèses

L’identité narrative de Paul Ricœur comme processus performatif d’élaboration d’une identité professionnelle numérique maîtrisée dans les quartiers « Politique de la Ville »

Les prophéties autoréalisatrices exprimées par les habitants des QPV (identité narrative) et médiatisées grâce à la puissance fécondatrice du numérique (identité numérique) peuvent opérer à l’échelle d’un territoire stigmatisé des transformations communautaires profondes capables de transcender les destinées individuelles (identité professionnelle).     À partir d’une démarche itérative de « recherche-action », nous souhaitons requalifier dans un Fablab (Fabrique Collective de la Culture du Libre) une plateforme d’e-commerce (Prestashop) en objet transactionnel de rationalisation de l’expression des idéels des usagers du « tiers-Lieu ». Le résultat des analyses qualitatives corrélées aux données discrètes collectées nous permettront de construire les prémices d’identités professionnelles numériques prégnantes au regard des enjeux de développement socioéconomiques du territoire. Ce travail confirmera la pertinence et l’éloquence politique de l’idéologie qui sous-tend la « Fabrique Collective de la Culture Libre » dans le contexte social d’une économie alternative à inventer pour les quartiers « Politique de la Ville ».    

L’identité professionnelle est un construit social qui permet d’être repéré par rapport à ses savoirs et ses aptitudes. Exprimé d’une manière moins lapidaire – avec les mêmes prudences que Claude Dubar (1991) – nous dirons que l’image de « nous-mêmes » s’élabore en relation étroite avec les conventions de notre environnement social qui catégorisent et hiérarchisent nos aptitudes et nos compétences dans un système statutaire reconnu. Ceci fait dire d’ailleurs au même Dubar et à son homologue Demazière (1997) que : « L’identité est un processus de construction et de reconnaissance d’une définition de soi qui soit à la fois satisfaisante pour le sujet lui-même et validée par les institutions qui l’encadrent et l’ancrent socialement en le catégorisant ». Nous nous interrogeons cependant sur le rôle de validation de ces « institutions ».

En effet, nous doutons de la pertinence de la logique de la « Politique de la Ville » qui sous-tend l’action de l’État dans ces territoires fragilisés de la ville car elle n’envisage l’identité professionnelle qu’au travers du seul continuum de la dialectique colbertiste : c’est-à-dire, du sujet humain à un territoire identifié par le revenu médian de la population qui le compose.

Cette caractérisation des « outre-terres » ségrégués par le seul fait du revenu de leurs habitants comparé à la moyenne de celui de ceux des centralités métropolitaines productives, induit insidieusement – selon nous – chez les habitants de ces territoires d’à-côté, une perception dégradée (consciente ou inconsciente) de leur identité collective et individuelle.

La reconstruction d’identité fertile capable de transcender ces sujets et les réinsérer en humanité agissante par la « mercatique de soi » (Rozès, 1997) comme par la « production de soi » (Gorz, 2001), fixe les ambitions asymptotiques de ce travail de recherche.

 Nous savons en effet grâce à Dubet que «construire son identité personnelle, c’est pouvoir mettre sa vie en récit, en produisant une intrigue et en essayant de la faire valider par les autres. C’est combiner, articuler, métisser, mélanger, à sa manière, les formes identitaires en les rendant subjectivement signifiantes, dans ce que certains appellent un processus de subjectivation » (Dubet, 1994, cité par Dubar).

Les évolutions des réseaux  socionumériques  personnels et professionnels offrent de nos jours de nouvelles façons de se raconter individuellement et collectivement, ce qui permet de renégocier son statut social indépendamment d’un niveau de rémunération, d’une qualification académique, ou même d’une origine socioculturelle stigmatisante.

L’identité narrative – théorisée par Paul Ricœur – nous apparait tout naturellement comme le véhicule de choix pour conduire nos sujets vers la conquête d’un statut social permanent et performant dans un contexte de forte mixité culturelle et de précarité sociale grandissante.

Empruntant à la « recherche-action » sa démarche, nous avons développé un objet transitionnel expérimental qui confine à l’e-portfolio et qui permet, de traduire l’expression des rêves en artefacts virtuels d’auto-socialisation (Delory-Monberger, 2003). « Le rêve c’est tout, la technique ça s’apprend ! » (J. Tinguely 2017), tel sera notre leitmotiv tout au long de ce parcours expérientiel jalonnés de réflexions socio-philosophiques et de considérations algorithmiques quasi sociologiques.

Ce travail de recherche vise donc à mieux comprendre l’interaction entre l’identité narrative et l’identité numérique dans un processus d’auto-socialisation, au service de l’employabilité des habitants des quartiers “Politique de la Ville”. Nous proposerons une définition de l’identité professionnelle numérique et de son corollaire narratif. Savoir rêver pour se raconter, se raconter pour exister autrement, exister pour agir, tel est l’enjeu de l’expérience de « poétique de la ville » (Pierre Sansot, 2004) que nous décrirons.

Térrain de recherche

C’est en nowakowkistes convertis – C’est-à-dire, en invétérés doux rêveurs réveillés sans cesse par les résurgences spasmodiques d’un réel bien pessimiste - que nous nous sommes saisis avec force et foi, de l’intention symbiotique numérique et sociologique du projet « Cœur de Ville » de l’équipe municipale de Vandoeuvre. Et comme pour se faire est de principe, nous nous sommes attelés à objectiver la dystopie technologiste de la Smart-City d’Aldous Huxley pour embrasser l’utopie onirique de Samuel Nowakowski, maitre de conférences émérite au Laboratoire Lorrain d’Informatique Appliqué, penseur de l’être en numérique; questionneur infatigable des Humanités à l’Ecole des Mines de Nancy; prédicateur intempestif de la mission TICE et témoin privilégié des mutations pédagogiques en Sciences Humaines et Sociales. Dans une poétique aristotélicienne performative qui se réalise par itération narrative, il déclame en prose une proposition cathartique d’un « Meilleur des Mondes » organique substitutif aux sempiternelles suggestions technicistes des programmistes patentés.

Conçu comme un objet transitionnel expérimental qui confine à l’e-portfolio et qui permet de traduire l’expression des rêves des habitants en artefacts virtuels d’auto-socialisation 

Médialab
Un autre regard

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